Appel à communications
Le laboratoire Études Romanes (CRIIA–REDES) de l’Université Paris Nanterre et le LIDILE, Université Rennes 2, organisent le colloque international :
L’enseignement de la prononciation dans les cours de langues étrangères et de spécialité : avancées et perspectives
Les 12 et 13 novembre 2026 à l’Université Paris Nanterre, Paris
La question de l’intérêt et de la place de l’enseignement de la prononciation dans les cours de langues étrangères ou secondes constituent un débat de longue date. Bien que son importance dans l’acquisition d’une langue soit reconnue, l’enseignement explicite (tant au niveau segmental que suprasegmental) continue de rencontrer de nombreux obstacles : des idées reçues sur la supposée facilité d’acquisition de la composante phonique d’une langue, lacunes dans la formation en phonétique des enseignants, programmes mal conçus où l’écrit prime sur l’oral (Giralt, 2014 ; Cantero, 2020), parmi de nombreux autres facteurs.
L’enseignement de la prononciation a connu différentes phases dans les cours d’espagnol langue seconde/langue étrangère, suivant une sorte de mouvement pendulaire (Paredes, 2013) : dans la méthode de grammaire-traduction, il n’avait aucune place, l’écrit dominant l’oral. Ensuite, les méthodes audiolinguale et verbo-tonale, bien que poursuivant des objectifs différents, ont montré une tendance inverse en se centrant sur la prononciation. L’arrivée de l’approche communicative à la fin du XXe siècle a permis de donner un nouvel élan à l’enseignement de l’oralité, cette fois dans le cadre de l’intelligibilité, avec pour objectif ultime d’atteindre une compétence communicative efficace. Les approches par tâches et actionnelle (Conseil de l’Europe, 2021), mises en œuvre dans la plupart des programmes de formation, ont favorisé la participation active de l’apprenant et mis en avant la dimension sociale et cognitive des langues. Pourtant, de manière paradoxale, l’enseignement de la prononciation demeure souvent relégué au second plan dans le domaine didactique, car il est associé à des méthodes et à des ressources de type béhavioriste, aujourd’hui considérées comme dépassées (Cantero, 1999). En dépit de ce changement de paradigme, de nombreuses recherches récentes mettent en lumière que l’intégration concrète de la prononciation dans les curricula reste restreinte et hétérogène, tandis que des résistances notables, tant institutionnelles que méthodologiques et formatives, entravent sa mise en place régulière (cf. entre autres, Derwing & Munro, 2005 ; Levis, 2018 ; Foote et al., 2016 ; Gaál & Szabó-Kovács, 2025).
Pourtant, plusieurs études semblent appuyer l’utilité d’un enseignement explicite de la prononciation comme moyen d’améliorer la compétence phonique des apprenants. Lee, Jang & Plonsky (2015), par exemple, montrent qu’il existe une amélioration significative de la performance orale des apprenants (effet global important) lorsqu’intervient un enseignement explicite de la prononciation, et que les mesures statistiques varient en fonction des contextes (langue seconde vs. langue étrangère), des types de traitement (durée, feedback, type d’instruction) et de la mesure des résultats (les mesures plus contrôlées donnant des effets plus importants). Cette étude confirme la nécessité de mener un enseignement planifié, prolongé et articulé avec des objectifs communicatifs clairs.
Ces dernières années, l’enseignement de la prononciation a suscité un intérêt croissant de la part des chercheurs (Padilla, 2025), ainsi qu’un profond renouvellement théorique et méthodologique, porté par plusieurs jalons convergents : (i) le déplacement de l’objectif normatif vers le principe d’intelligibilité (Levis, 2018 ; Gil & Simon, 2023), (ii) l’intégration progressive dans l’enseignement de la prononciation et de l’oralité d’éléments multimodaux, tels que les gestes et le corps (Cestero, 2017 ; Bottineau, 2018 ; Baills, Rohrer & Prieto, 2022 ; Flores, 2023), (iii) la prise en compte des variables socio-affectives dans le processus d’enseignement-apprentissage (Méndez, 2024 ; Ville, 2025), (iv) le développement de nouveaux outils numériques et d’intelligence artificielle permettant des formes inédites de feedback et d’entraînement phonique (Sarymsakova & Martín, 2025 ; Taekyung & Nam, 2025). Néanmoins, ces avancées restent encore marginales dans de nombreux contextes d’enseignement de l’espagnol langue étrangère, et plus encore dans l’enseignement de l’espagnol sur objectifs spécifiques (Gómez de Enterría, 2001 ; Cabré, 2010 ; Pujol, 2016), où la compétence phonique reste un composant marginal, rarement articulé avec les genres discursifs et les pratiques communicatives propres aux domaines spécialisés.
Ce colloque se propose comme un espace d’échange scientifique et pédagogique sur les moyens d’intégrer la prononciation dans l’enseignement des langues étrangères et de spécialité, en particulier dans l’enseignement de l’espagnol sur objectifs spécifiques. Nous encourageons tout particulièrement les chercheurs et enseignants d’espagnol sur objectifs spécifiques à partager leurs expériences et à proposer de nouvelles façons d’aborder la compétence phonique dans des cours dont les objectifs diffèrent considérablement d’un cours d’espagnol communicatif à visée générale.
Face à la faible production scientifique sur cette question dans le domaine français de l’enseignement de l’espagnol, ce colloque est une invitation aux experts en prononciation et en langues de spécialité à ouvrir un espace de réflexion interdisciplinaire favorisant le développement de recherches empiriques, l’élaboration de propositions didactiques innovantes intégrant de manière globale les variables les plus importantes du processus d’enseignement-apprentissage de la prononciation, et la consolidation de réseaux de coopération internationale dans ce domaine. Le colloque accordera également une attention particulière à la variation linguistique et aux variétés de l’espagnol, dans une perspective comparative entre l’Europe et l’Amérique latine. Cette dimension est essentielle tant pour la formation des enseignants que pour l’enseignement de l’espagnol dans des contextes professionnels internationaux, et constitue un axe privilégié de coopération académique entre institutions européennes et latino-américaines.
Nous invitons les chercheurs et enseignants intéressés à soumettre une proposition de communication dans l’un des axes thématiques suivants :
- Obstacles à l’intégration des contenus de prononciation dans les cours de langue. Analyse des programmes et manuels.
- La prosodie comme composante centrale de l’intelligibilité et de l’expressivité : rythme, accent et intonation dans l’enseignement des langues.
- La perception comme élément indispensable au développement de la compétence phonique.
- Le corps et les affects dans le processus d’apprentissage de la prononciation en langue étrangère. L’approche performative et la phonologie incarnée.
- La place de la gestualité dans la médiation phonétique.
- La place de la biographie dans le processus d’enseignement-apprentissage de la prononciation : motivations, attitudes, croyances et (auto)perceptions.
- Outils numériques et intelligence artificielle dans l’enseignement et l’évaluation de la prononciation : opportunités, limites et perspectives didactiques.
- Le développement de la compétence phonique dans l’espagnol de spécialité : propositions didactiques.
- Études comparatives sur le traitement de la prononciation dans l’enseignement de l’espagnol : Europe et Amérique latine.
Les propositions de communication devront être rédigées en français ou espagnol et inclure un titre provisoire, un résumé d’un maximum de 500 mots (références bibliographiques non comprises). Il conviendra d’indiquer l’axe thématique et les mots-clés.
Les présentations auront une durée de 20 minutes, suivies de 10 minutes de discussion.
Dates importantes :
- Réception des propositions de communication : jusqu’au 15 juin 2026
- Réponse concernant l’acceptation des propositions : 15 juillet 2026
Langues du colloque : français et espagnol
NB : Une publication est prévue à la suite du colloque.
Références
Baills, F., Rohrer, P. L., & Prieto, P. (2022). Le geste et la voix pour enseigner la prononciation en langue étrangère. Mélanges CRAPEL, 43(1).
Bartolí, M. (2005). La pronunciación en la clase de lenguas extranjeras. Phonica, 1.
Bottineau, D. (2018). Enseigner la prononciation par une stratégie intra- et inter-subjective, simplexe et enactive: Le cas de l’espagnol castillan. L’ingénieur citoyen, Synergies entre les langues-cultures et les sciences humaines dans la formation de l’ingénieur au XXIe siècle, 113-125.
Cabré, M.T. (2010). Sobre la difusa y confusa noción de lo especializado. En J. Gómez de Enterría & I. Rodríguez del Bosque (eds.). El español lengua de comunicación en las organizaciones empresariales, Cizur Menor, Editorial Aranzadi, p. 33-40.
Cantero, F. J. (2020). Didáctica de la pronunciación: de la corrección fonética al enfoque oral. En Cantero, F. J. , & Giralt, M. (eds.) Pronunciación y enfoque oral en lenguas extranjeras. Ediciones Octaedro.
Cantero, F. J. (1999). La mediació lecto-escriptora en l’ensenyament de la pronunciació. Fonética y didáctica de la pronunciación, 71.
Cestero, A. M. (2017). La comunicación no verbal. En A. M. Cestero & I. Penadés (Eds.), Manual del profe de ELE (pp. 345-370). Universidad de Alcalá, Editorial Universidad de Alcalá.
Consejo de Europa (2021). Marco común europeo de referencia para las lenguas: aprendizaje, enseñanza, evaluación. Volumen complementario. Servicio de publicaciones del Consejo de Europa.
Derwing, T. M. & Munro, M. J. (2005). Second Language Accent and Pronunciation Teaching: A Research-Based Approach. TESOL Quarterly.
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Ville, S. (2025). Language teachers’ cognitions and the impact of pronunciation training observation. Phonica, 21, 1-29.